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Philippe Lacoche en dédicaces

Philippe Lacoche, écrivain et enfant de Tergnier, était en dédicace à la médiathèque le samedi 14 décembre. Il présentait son dernier roman : Les matins translucides.

Biographie

Petit-fils de cheminot, fils de cheminot, Philippe Lacoche a choisi l’écriture. Né le 27 janvier 1956, à Chauny, il passe sa scolarité à Tergnier. Le goût de l’écriture et de la lecture, l’écrivain le doit sans doute à Serge Boulard, son professeur de français, en classe de troisième au collège Joliot-Curie à Tergnier qui lui a fait découvrir Le Grand Meaulnes, d’Alain-Fournier. Philippe Lacoche ne décroche pas la plume et  intègre l’IUT de Tours, section journalisme. Il écrit ses premiers articles à la fin des années 1970 dans la revue La vie du Rail.
Entre le rail et le rock, son cœur balance. Il écrit en 1977 pour Best, un mensuel rock.
Longtemps critique au Magazine littéraire, puis au Figaro Magazine, puis au Figaro littéraire, il est aujourd’hui journaliste au Courrier Picard et à Service littéraire. Il vit et écrit à Amiens, en Picardie.
L’auteur a signé plus d’une vingtaine d’ouvrages, romans et recueils de nouvelles, dont son premier en 1988 : Rock d’Issy, roman aux éditions Ledrappier.

 

Interview

- Qui y a-t-il  de particulier à Tergnier pour avoir cette envie d’en parler, de l’utiliser comme décor ?
   Dans mon roman, Tergnier n'est pas citée car ce livre est une fiction. Une vraie fiction. Il n'eût pas été honnête de ma part de citer Tergnier car une bonne partie de l'histoire est inventée; des lieux reconstitués, même s'il subsiste, ici et là, quelques lambeaux de réalité. De vérité crue. Plus que Tergnier, le décor de ce roman sont les pays de mon enfance et de mon adolescence, contrées lointaines dont, finalement, je ne suis jamais vraiment revenu. Des personnages, des lieux, des odeurs, ressurgissent parfois sans même me demander la permission. C'est étrange. Ce que Tergnier a de particulier? Une ville cheminote, ouvrière, fraternelle, en tout cas le Tergnier que j'ai connu, où j'ai résidé était comme ça, et je ne doute pas un instant qu'il ne le soit resté. La modernité m'agace. Je préfère une gauche à l’ancienne avec des valeurs de patriotisme, des vraies valeurs républicaines à une certaine gauche bien pensante, individualiste, néolibérale, qui se veut moderne à tout prix. Tergnier, pour moi, est une ville ouvrière, sans affèterie, sans fard. La ville des courses cyclistes, des parties de pêche dans le canal, de la Résistance cheminote. Des engueulades entre communistes et gaullistes dans les bistrots paumés.

- Etes-vous nostalgique de cette époque à Tergnier ?
Oui, terriblement. Nostalgique d'une France qui n'est plus. Nostalgique des Trente glorieuses. L'époque actuelle m'ennuie. Tout va trop vite; tout est axé sur le pognon, la concurrence entre les gens, la compétition. L'ultralibéralisme et le capitalisme triomphent; les gens ont du mal à joindre les deux bouts. Les multinationales fanfaronnent; les riches n'ont jamais été aussi riches; les pauvres aussi pauvres. C'est répugnant. Il n'y a quasiment plus d'Etat; c'est regrettable.

- Les matins translucides, ouvrage autobiographique ou romancé ?
Un roman; un vrai roman. Même si Delphine ressemble de loin à mon premier amour; même si Jean-Martin s'inspire d'un garçon que j'ai connu. Même si Katia, Clara, Juan, Rico, Fabert, le Colonel, Blanquartoche de Choudrape, etc., sont des personnages  qui s'inspirent de personnes que j'ai croisées, que j'ai aimées, et dont certaines ne sont plus de ce monde. Et ça me fait de la peine. J'écris, bien sûr, des romans et des nouvelles pour leur rendre hommage à ma manière. Pour laisser des traces de leur passage sur terre. "Ne me secouez pas, je suis plein de larmes", disait Henri Calet. Moi, je suis plein des pluies et des bruines de Tergnier, plein de mélancolie et de nostalgie, plein des fureurs des guerres qui sont passées par nos terres.

-Les femmes reviennent constamment dans vos romans. Elles ont marqué votre vie ? Qui est Delphine ?
Les femmes sont la grande histoire de ma vie. Elles resteront pour moi un mystère jusqu'au bout. C'est pour ça que je les aime à ce point. Delphine est l'un des personnages centraux des Matins translucides. Delphine est sans nul doute une Ternoise que j'ai beaucoup aimée et qui m'a quitté. Je me demande bien ce que sont devenus son K-Way vert et son vélo bleu.

- D’où vous vient cette passion pour l’écriture ? Que vous procure-t-elle?
L'écriture est pour moi une addiction. C'est la fois un plaisir et un esclavage. Un ravissement parfois, et parfois une contrainte car c'est chronophage. Parfois, je préfèrerai lire ou relire les auteurs que j'aime (Roger Vailland, Blaise Cendrars, Patrick Modiano, Kléber Haedens, Michel Déon, etc.) ou aller à la pêche à la ligne. Ou regarder passer les jeunes filles, attablé aux terrasses des cafés. Ou dormir.

- Quel est votre meilleur souvenir à Tergnier, dans cette ville où vous avez grandi ?
Les parties de pêche dans les pattes d'oie, près de l'écluse de Fargniers. Mon premier vrai baiser avec Béatrice, un printemps ensoleillé du début de l'adolescence, dans un talus herbeux, à Condren. Elle portait un shetland orange et court; je voyais son nombril. Elle était coiffée comme Brian Jones, mâchait un chewing-gum Hollywood. Elle était terriblement sexy. J'étais devenu un homme. Un petit homme certes, mais un homme quand même.

- Revenez-vous à Tergnier ?
Oui, parfois. Je viens voir mes parents et mon frère qui réside dans le secteur. Je me rends aussi sur les tombes des copains et des copines. Un de ces jours, je suis certain que je me mettrai à prier. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

 

- Quels sont vos projets ? Un nouveau livre en préparation ?
Je sors trois livres en mars : une pièce de théâtre assez barge, L'écharpe rouge qui sera montée et jouée par une troupe amiénoise (elle tournera en Picardie et ailleurs); une nouvelle, Les Boîtes en compagnie de la plasticienne Colette Deblé; et un recueil comprenant une sélection de mes chroniques Les Dessous chics que je livre, chaque dimanche, au Courrier picard.

- Quels conseils donneriez-vous aux écrivains en devenir ?
Soyez libre et sincère.

 

 

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