Vous êtes dans : Accueil > Découvrir > Histoire > Historique > Tergnier et les guerres

Tergnier et les guerres

Les guerres de 1870, la première et la seconde guerre mondiale.

1870

Les troupes prussiennes défilent à Tergnier le 15 novembre 1870, après avoir assiégé et investi La Fère ; le 19 novembre, les 7ème et 11ème Compagnies des volontaires de la Somme et une Compagnie des mobiles du Gard, en tout 800 hommes avec 4 canons, partis de Ham, attaquent Vouël et Tergnier ou plusieurs centaines d’ennemis s’étaient retranchés dans les maisons. Imprudents, les soldats français s’engagent dans les rues où ils sont fusillés à bout portant. Le 25 novembre, les Allemands bombardent l’agglomération avec de la grosse artillerie. Dans aucun document on ne signale de dommage « matériels » locaux pendant le conflit. Quelques mois plus tard, l’armée française se retrouve dans notre commune.

Tergnier est évacué par les troupes ennemies entre les mois de mars et mai 1872 (La France ayant réglé le paiement de la 2ème tranche d’indemnité exigée).

La première guerre mondiale

1914-1918 : le 27 août 1914, l’Armée alliée anglaise (1er corps, Général Haig) est à Tergnier.

Tergnier est envahi dès le 2 septembre 1914. Vers le 25 septembre, tous les hommes de 18 à 45 ans sont dirigés sur le camp d’Altengrabave, en Allemagne.
Impossible de décrire l’immensité des souffrances endurées par la population sous l’occupation : faim, froid, travail forcé, représailles, évacuation, dispersion des familles, etc…

Nous ne parlerons pas de ces soldats « bleu horizon », de ces prisonniers, de ces morts dont les noms glorieux sont inscrits sur le marbre du Monument du Parc Sellier ou sur la plaque de la Gare.

Dès l’exode des habitants, biens « généraux » et biens individuels, sont détruits par l’ennemi au cours de sa retraite stratégique de 1917. Tergnier est rasé, et repris par les troupes françaises (du 5 au 19 mars 1917).

Réoccupé par les Allemands en Mars 1918, la ville est libérée le 7 septembre par l’armée Humbert.

Le 7 novembre 1918, à 20 h 30, arrivent à Haudroy (près de La Capelle) des plénipotentiaires allemands menés par le Général Von Winterfendt ; ils sont reçus par le Capitaine Lhuillier, commandant le 1er Bataillon du 171ème Régiment d’Infanterie, commandé lui-même par le Commandant de Bourbon Busset.

Le Caporal Clairon Sellier sonne le « cessez-le-feu ».

Vers minuit, au Presbytère de Homblières (près de Saint-Quentin), ces plénipotentiaires sont présentés au Général Debeney et à son Etat Major de la 1ère armée.

Et c’est à Tergnier que, le 8 novembre 1918, à 3h45 du matin, la délégation allemande monte dans le train spécial qui l’attend pour la mener à Rethondes… à l’Armistice.

Tergnier reçoit une citation :
« Le Ministre de la Guerre certifie que Tergnier (Aisne) a obtenu la Croix de Guerre par citation à l’ordre de l’Armée (J.O. du 5/9/20) au cours de la Campagne 1914-1918 contre l’Allemagne et ses Alliés ».

Cette croix de Guerre est remise au Maire, le 5 mai 1921, jour de l’Ascension sur la place de l’Esplanade à La Fère, par le Général Guillaumat, accompagné de Paul Doumer, Ministre des Finances et futur Président de la République, et en présence du 29ème Régiment d’Artillerie et de la Musique du 45ème d’Infanterie.

La seconde guerre mondiale

Tergnier est envahi, pour les uns dès le 19-20 mai 1940, pour les autres seulement vers le 5-6 juin, après que l’ennemi a bousculé la 23ème D.I. et la 2ème Division cuirassée, faisant partie de la 7ème Armée du Général Frère.

Le Canal de Saint-Quentin est franchi à Liez, et Tergnier est attaqué de part et d’autre.

Alertes, bombardements ennemis, exode, retour au pays, bombardements alliés, ligne de démarcation, 5ème colonne, tickets d’alimentation, S.T.O., « pas de l’oie » et chants de marche cadencés, « Avis » placardés sur les murs, prisonniers, tués et blessés civils et au front… : 4 ans !

Parmi les 13 bombardements aériens alliés, en groupe, citons ceux du :

  • 11/4/44 – 700 bombardiers – 49 minutes – 6000 bombes
  • 18/4/44 – 600 bombardiers – 32 minutes – 6000 bombes 
  • 01/06/44 – 400 bombardiers – 30 minutes – 4000 bombes

La population, à l’exemple de son Maire Jules Pouillart, a une attitude courageuse et digne.

Tergnier est libéré début septembre 1944 par la 1ère Armée américaine.

Mais 1939-1945, c’est aussi l’épopée de la Résistance, ce soulèvement de volontaires de toutes opinions, de toutes confessions, de toutes classes sociales, fraternellement unis dans un seul but : la libération de la France et l’établissement d’une République humaine.

Dans notre Département, elle débute dans le centre ferroviaire de Tergnier.

Ce sont ces combattants sans uniforme, les « terroristes », les F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur). Pour notre agglomération : ce sont les Lefèvre L, Cadeau R., Tribouilloy N, Coquisart H, Hagneaux R, Emery J, Raboeuf M, Gorlet K, Tellier T, Vanecque J, Vignon G, Etienne A, Parent J, Millet G, Devauchelle M, Tupignon M, Marquand P, Thuet G, Ancelin M, etc. Ce sont aussi les Roullon C et A Grançon J, Gobeaux E, Corbeaux A Colzy E, Droma K et C, Benzergua R, Mangin J, Bruyelle, etc. Ce sont encore les Pruvot H, Doloy P, Decarpigny, Nicolas, Choin, Herment, Devaux, Rébéquet, Payen, Bruxelles, Ségard, Rault, Colonel Laurent… et tant d’autres encore.

Ce sont enfin les femmes à qui un hommage particulier doit être rendu : Mmes Lefèvre A, Cadeau F, Raboeuf E, Emery O, etc.

Pour faire un historique conforme à la réalité, il faut le poser à l’échelle de l’agglomération ternoise dont chaque commune a fourni des hommes à la Résistance, initialement dénommée A.S. (Armée Secrète). Par la suite, et par affinité politique, chacun des groupements reprend son autonomie d’action.

A Tergnier, il s’agit de : Libération-Nord, F.T.P. (Francs Tireurs et Partisans), O.C.M. (Organisation Civile et Militaire), Défense de la France, Réseaux de renseignements.

Libération Nord, plus communément appelée Libé-Nord, prend naissance à Tergnier en février 1941 ; le fondateur et chef suprême en est Henri Ribière, Délégué National de la Résistance en France, et « Patron » du Mouvement Libération-Nord.

A cette date, et par un souci de prudence parfaitement compréhensible, les efforts de recrutement restent limités. Le noyau de la région ternoise constitué, c’est à partir de lui que se réalise et s’accroît Libération-Nord Aisne.

De février 1941 à décembre 1942, Libé-Nord Tergnier oriente son action dans une triple direction : constitution de groupe francs (commandos), organisation d’un réseau de renseignements, distribution du journal « Libération ».

A partir de décembre 1942, les 1er et 2ème groupes de sabotage sont prêts, munis de tout le matériel nécessaire et d’un assez bon armement destiné à protéger leur action.

Le 1er groupe est chargé du sabotage ou de la destruction du matériel passant par les ateliers SNCF ; le 2ème groupe, du sabotage du matériel transporté par voie de chemin de fer dans le triage.

En janvier 1943, la constitution des 3ème et 4ème groupes est terminée.

Le 3ème groupe est chargé de saboter routes et lignes téléphoniques dans le secteur de Tergnier, le 4ème groupe dans le secteur de Liez.

A partir de janvier 1943, les actions de sabotage sont poussées activement dans tous les domaines et particulièrement les transports de matériel de guerre ennemis pour lesquels la mission est de saboter à tout prix.

Il faut noter trois faits :

  1. de nombreux sabotages se font en coordination avec les différents groupes de la Résistance.
  2. des transports d’armes et de munitions ont lieu auprès d’autres groupes du département, même à Paris et dans certains centres importants. 
  3. la responsabilité de la diffusion de la presse clandestine (journal Libération) dans tout le département incombe à Libé-Nord Tergnier.

A noter aussi qu’après les bombardements de 1944 et la dispersion qui s’ensuit, certains membres de Libé-Nord, pour continuer le combat, se rattachent à des formations voisines de Résistance (O.C.M. en particulier).

Les actions de Libé-Nord :

  • Janvier 1943 : sabotage de la sous-station du matériel roulant.
  • 1943 : Nombreux sabotages sur les rames 850 et les boîtes de graissage, nombreux sabotage de camions, avions, moteurs… transportés par wagons. 
  • Septembre 1943 : sabotage de la ligne à haute tension à Condren, effectué par scie à métaux et 4 pétards de cavalerie ; effectif engagé 12 hommes. 
  • Parachutage d’armes et munitions sur le terrain de Frières-Faillouël ; effectif engagé : 15 hommes, message radio de Londres « j’aime les frites ». 
  • Octobre 1943 : sabotage d’une aiguille, déraillement d’un train d’avions, déraillement de 5 machines… 
  • Novembre 1943 : sabotage de la grue de 32 tonnes entre Tergnier et Chauny ; effectif engagé : 13 hommes. 
  • Sabotage de la voie ferrée au kilomètre 127, 780, entre Tergnier et Chauny ; effectif engagé : 12 hommes. 
  • Sabotage de la ligne à haute tension à Condren, en janvier (16 hommes) et février (8 hommes). 
  • En mars 1944 : sabotage de la ligne de chemin de fer entre Tergnier et Chauny avec 16 hommes engagés. 
  • Le 6 juin 1944 : Les 4 groupes prennent le maquis à Beaumont en beine, pendant 6 jours, puis recommencent les actions de sabotage (en particulier de lignes téléphoniques et panneaux indicateurs). 
  • « Bouclage » de la ligne Paris-Bruxelles. 
  • 14 juillet : sabotage de la voie ferrée entre Tergnier et Chauny ; 8 hommes engagés. 
  • Attaque de l’ennemi : état de guérilla. 
  • Participation à la Libération de Ham, Liez, etc… 
  • Les sauvetages et rapatriements d’aviateurs alliés abattus, en liaison avec le réseau « La Comète » ; 
  • Les nombreuses émissions d’un poste radio clandestin, pendant 6 mois consécutifs, pour le compte du Comité National de la Résistance, etc.

Toutes ces actions entraînent une répression nazie impitoyable. Tergnier et ses environs paient un lourd tribut à l’occupant : fusillés, tués au combat, déportés rentrés ou décédés dans les camps de concentration, internés, représentent, hélas ! un nombre impressionnant.

Au titre de la guerre 1939-1945, Tergnier reçoit une Citation à l’ordre du Corps d’Armée (11.12.1948) :
« Localité du département, déjà presque entièrement rasée au cours de la guerre 1914-1918, centre ferroviaire important bombardé à deux reprises par les Allemands en Mai 1940. Au cours des mois qui ont précédé la libération du pays, a subi quatre nouveaux bombardements massifs de l’aviation alliée occasionnant la mort de 58 de ses habitants, la destruction totale de 407 immeubles et la destruction partielle de 1041 autres immeubles. 11 de ses fils ont été déportés, dont 7 sont morts dans les camps de concentration. Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec Etoile Vermeil ».

Partager cette page

Afficher plus de réseaux sociaux