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Tergnier sous l’occupation

La ville est lourdement touchée par la répression allemande.  Tergnier répond, dignement, à l'occupation par la Résistance, notamment en mettant à l'oeuvre de nombreux sabotages. Les Ternois s'organisent dans la Résistance avec des mouvements tels que Libération-Nord, l'Organisation Civile et Militaire (OCM), la Défense de la France, et Francs-Tireurs et Partisans (FTP).
Le bilan sera pour autant conséquent avec, à titre d'exemples, deux bombardements par l'aviation allemande et la déportation de 11 Ternois. 

Tergnier est envahi, pour les uns dès le 19-20 mai 1940, pour les autres seulement vers le 5-6 juin, après que l’ennemi a bousculé la 32ème D.I. et la 2ème Division cuirassée, faisant partie de la 7ème Armée du Général Frère.

Le Canal de Saint-Quentin est franchi à Liez, et Tergnier est attaqué de part et d’autre.

Alertes, bombardements ennemis, exode, retour au pays, bombardements alliés, ligne de démarcation, 5ème colonne, tickets d’alimentation, S.T.O., « pas de l’oie » et chants de marche cadencés, « Avis » placardés sur les murs, prisonniers, tués et blessés civils et au front… : 4 ans !

Parmi les 13 bombardements aériens alliés, en groupe, citons ceux du :

  • 11/4/44 : dans la nuit du 10 au 11 avril 1944, quelques minutes avant minuit, un dramatique bombardement de 49 minutes a détruit la cité des cheminots au 3/4 et a fait sur l'agglomération ternoise près de 100 morts.
  • 18/4/44
  • 01/06/44

 

La population, à l’exemple de son Maire de l’époque, Jules Pouillart, a une attitude courageuse et digne.

Tergnier est libéré début septembre 1944 par la 1ère Armée américaine.

Mais 1939-1945, c’est aussi l’épopée de la Résistance, ce soulèvement de volontaires de toutes opinions, de toutes confessions, de toutes classes sociales, fraternellement unis dans un seul but : la libération de la France et l’établissement d’une République humaine.

Dans notre Département, elle débute dans le centre ferroviaire de … Tergnier.

Ce sont ces combattants sans uniforme, les « terroristes », les F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur). Pour notre agglomération : ce sont les Lefèvre L, Cadeau R., Tribouilloy N, Coquisart H, Hagneaux R, Emery J, Raboeuf M, Gorlet K, Tellier T, Vanecque J, Vignon G, Etienne A, Parent J, Millet G, Devauchelle M, Tupignon M, Marquand P, Thuet G, Ancelin M, etc. Ce sont aussi les Roullon C et A Grançon J, Gobeaux E, Corbeaux A Colzy E, Droma K et C, Benzergua R, Mangin J, Bruyelle, etc. Ce sont encore les Pruvot H, Doloy P, Decarpigny, Nicolas, Choin, Herment, Devaux, Rébéquet, Payen, Bruxelles, Ségard, Rault, Colonel Laurent… et tant d’autres encore.

Ce sont enfin les femmes à qui un hommage particulier doit être rendu : Mmes Lefèvre A, Cadeau F, Raboeuf E, Emery O, etc.

Pour faire un historique conforme à la réalité, il faut le poser à l’échelle de l’agglomération ternoise dont chaque commune a fourni des hommes à la Résistance, initialement dénommée A.S. (Armée Secrète). Par la suite, et par affinité politique, chacun des groupements reprend son autonomie d’action.

A Tergnier, il s’agit de : Libération-Nord, F.T.P. (Francs Tireurs et Partisans), O.C.M. (Organisation Civile et Militaire), Défense de la France, Réseaux de renseignements.

Libération Nord, plus communément appelée Libé-Nord, prend naissance à Tergnier en février 1941 ; le fondateur et chef suprême en est Henri Ribière, Délégué National de la Résistance en France, et « Patron » du Mouvement Libération-Nord.

A cette date, et par un souci de prudence parfaitement compréhensible, les efforts de recrutement restent limités. Le noyau de la région ternoise constitué, c’est à partir de lui que se réalise et s’accroît Libération-Nord Aisne.

De février 1941 à décembre 1942, Libé-Nord Tergnier oriente son action dans une triple direction : constitution de groupe francs (commandos), organisation d’un réseau de renseignements, distribution du journal « Libération ».

A partir de décembre 1942, les 1er et 2ème groupes de sabotage sont prêts, munis de tout le matériel nécessaire et d’un assez bon armement destiné à protéger leur action.

Le 1er groupe est chargé du sabotage ou de la destruction du matériel passant par les ateliers SNCF ; le 2ème groupe, du sabotage du matériel transporté par voie de chemin de fer dans le triage.

En janvier 1943, la constitution des 3ème et 4ème groupes est terminée.

Le 3ème groupe est chargé de saboter routes et lignes téléphoniques dans le secteur de Tergnier, le 4ème groupe dans le secteur de Liez.

A partir de janvier 1943, les actions de sabotage sont poussées activement dans tous les domaines et particulièrement les transports de matériel de guerre ennemis pour lesquels la mission est de saboter à tout prix.

Il faut noter trois faits :

  1. De nombreux sabotages se font en coordination avec les différents groupes de la Résistance ;
  2. Des transports d’armes et de munitions ont lieu auprès d’autres groupes du département, même à Paris et dans certains centres importants ;
  3. La responsabilité de la diffusion de la presse clandestine (journal Libération) dans tout le département incombe à Libé-Nord Tergnier.

A noter aussi qu’après les bombardements de 1944 et la dispersion qui s’ensuit, certains membres de Libé-Nord, pour continuer le combat, se rattachent à des formations voisines de Résistance (O.C.M. en particulier).

Les actions de Libé-Nord :

  • Janvier 1943 : sabotage de la sous-station du matériel roulant.
  • 1943 : Nombreux sabotages sur les rames 850 et les boîtes de graissage, nombreux sabotage de camions, avions, moteurs… transportés par wagons. 
  • Septembre 1943 : sabotage de la ligne à haute tension à Condren, effectué par scie à métaux et 4 pétards de cavalerie ; effectif engagé 12 hommes. 
  • Parachutage d’armes et munitions sur le terrain de Frières-Faillouël ; effectif engagé : 15 hommes, message radio de Londres « j’aime les frites ». 
  • Octobre 1943 : sabotage d’une aiguille, déraillement d’un train d’avions, déraillement de 5 machines… 
  • Novembre 1943 : sabotage de la grue de 32 tonnes entre Tergnier et Chauny ; effectif engagé : 13 hommes. 
  • Sabotage de la voie ferrée au kilomètre 127, 780, entre Tergnier et Chauny ; effectif engagé : 12 hommes. 
  • Sabotage de la ligne à haute tension à Condren, en janvier (16 hommes) et février (8 hommes). 
  • En mars 1944 : sabotage de la ligne de chemin de fer entre Tergnier et Chauny avec 16 hommes engagés. 
  • Le 6 juin 1944 : Les 4 groupes prennent le maquis à Beaumont en beine, pendant 6 jours, puis recommencent les actions de sabotage (en particulier de lignes téléphoniques et panneaux indicateurs). 
  • « Bouclage » de la ligne Paris-Bruxelles. 
  • 14 juillet : sabotage de la voie ferrée entre Tergnier et Chauny ; 8 hommes engagés. 
  • Attaque de l’ennemi : état de guérilla. 
  • Participation à la Libération de Ham, Liez, etc… 
  • Les sauvetages et rapatriements d’aviateurs alliés abattus, en liaison avec le réseau « La Comète » ; 
  • Les nombreuses émissions d’un poste radio clandestin, pendant 6 mois consécutifs, pour le compte du Comité National de la Résistance, etc.

Toutes ces actions entraînent une répression nazie impitoyable. Tergnier et ses environs paient un lourd tribut à l’occupant : fusillés, tués au combat, déportés rentrés ou décédés dans les camps de concentration, internés, représentent, hélas ! un nombre impressionnant.

Au titre de la guerre 1939-1945, Tergnier reçoit une Citation à l’ordre du Corps d’Armée (11.12.1948) :
« Localité du département, déjà presque entièrement rasée au cours de la guerre 1914-1918, centre ferroviaire important bombardé à deux reprises par les Allemands en Mai 1940. Au cours des mois qui ont précédé la libération du pays, a subi quatre nouveaux bombardements massifs de l’aviation alliée occasionnant la mort de 58 de ses habitants, la destruction totale de 407 immeubles et la destruction partielle de 1041 autres immeubles. 11 de ses fils ont été déportés, dont 7 sont morts dans les camps de concentration. Cette citation comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec Etoile Vermeil ».

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